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13.05.2020
Faire famille au temps du confinement. Quelques points de repère par Daniel Coum

Faire famille au temps du confinement

Quelques points de repère

Daniel Coum

(Extrait)

La répétition et l’amplification de la souffrance de l’enfant placé... et de la famille d’accueil

 

Les enfants placés souffrent de leur histoire familiale. On le sait. Et ce n’est plus tant de délaissement, voire d’abandon ou de carence de soins dont les enfants placés d’aujourd’hui souffrent. La psychopathologie infantile actuelle traite au contraire des séquelles de troubles de l’attachement, de multiples effractions psychiques voire corporelles vécues, des abus sexuels subis, des relations incestuelles et des liens d’emprise endurés, de la confusion des places et des générations supportée, etc. 

Bref les enfants placés souffrent de nos jours d’un excès plutôt que d’une carence de rela- tion, d’affection, de sollicitations. La liste des mauvais traitements subis est très longue tant leur diversité est la règle. Le point commun des enfants placés tient, pour la majorité d’entre eux, au fait d’avoir été mal aimés, trop aimés, abusivement aimés.

Le placement de l’enfant dans une famille d’accueil ne suffit nullement à ce que la souffrance - et les troubles conséquents - s’arrêtent. Parfois même elle s’y ampli- fie. Parce que l’enfant séparé de ses parents souffre. Parce que les parents séparés de leur enfant souffrent également et continuent parfois à le faire souffrir. Parce que les dispositions juridiques et/ou administratives ne sont parfois pas de nature à apaiser un lien que l’on sait toxique mais que l’on ne peut pas ne pas maintenir. Parce que le maintien du lien avec la famille d’origine, pour nécessaire qu’il soit à certaines égards, maintient l’enfant en tension. Parfois même en souffrance. Tiraillé entre deux appartenances possibles, il croit devoir faire un choix, en fait impossible. 

Et il arrive encore hélas que l’on préconise que l’enfant ne s’attache pas à ses parents d’accueil. Parce que l’on continue hélas d’indexer le placement à l’objectif d’un imaginaire « retour de l’enfant dans sa famille », alors même qu’il n’y a jamais vécu telle qu’elle est et que, le plus souvent, sa famille, c’est la famille d’accueil. Bref, tel est le quotidien chaotique de nombreux enfants placés et, avec eux, celui non moins chaotique des assistants familiaux qui acceptent d’en avoir la charge et celle tout aussi mouvementée de la vie d’une famille qui l’accueille en son sein. Or, les mesures de confinement viennent, brutalement, mettre un point d’arrêt à une problématique institutionnelle – administrative et juridique – en logeant, à la faveur d’un impératif catégorique, tout le monde à la même enseigne : on ne sort pas de « chez soi » et le « chez soi » de l’enfant placé devient, si cela ne l’est déjà, sa famille d’accueil.

Aussi le confinement vient-il perturber le rythme instauré des conditions du maintien du lien avec la famille d’origine. Ce faisant, il perturbe irrémédiablement l’enfant. Comment ? Cela dépend de l’enfant, des parents, de l’assistant familial... La suspension forcée des visites peut être vécue comme un soulagement. D’autant plus qu’elle n’est pas choisie par lui. Elle s’impose. Mais tout soulagement est la manifestation de la satisfaction d’un désir qui ne s’éprouve ni ne se réalise jamais sans son corollaire : un sentiment de culpabilité plus ou moins intense qui vient également interroger ce qu’en pense l’assistant familial... La suspension des visites peut venir réaliser un vœu plus ou moins avouable et pourtant tellement familier du vécu de l’enfant et/ou des assistants familiaux : « ah si ces parents pouvaient disparaitre. » 

Mais il y a toujours un prix à payer des vœux de disparition. La suspension des visites peut être également un supplice pour l’enfant en mal de parents, ainsi que pour la famille d’accueil qui trouvait là, jusqu’alors, l’occasion de souffler, de se retrouver, trouvant dans l’absence de l’enfant lors du droit de visite l’occasion d’y penser ou de l’oublier, bref de lui donner une existence psychique qui seule fait objection à un dangereux excès de présence et soutient le désir de retrouvailles. 

Au demeurant, un impératif majeur s’applique à tous, y compris aux parents qui peuvent, eux également, y trouver leur compte : l’empêchement à assumer un rôle social qui leur est le plus souvent étranger et dont ils sont pour l’occasion dispensés, les soulage peut-être d’un poids dont ils n’ont pas à assumer la responsabilité. Ils n’ont plus, momentanément, à s’occuper de leur enfant, en revendiquer la possession et prétendre en avoir la capacité : confinement oblige.

Mais l’enfant placé rejoue avec sa famille d’accueil la partition relationnelle dont il a été imprégné avec ses parents depuis le début de sa vie : l’enfant battu pousse à bout son assistante familiale pour s’assurer que les coups ne pleuvront pas encore. « On dirait qu’il cherche à se faire battre. » Il cherche en fait à avoir l’assurance du contraire alors qu’il n’a peut-être connu que cela de la part d’adultes en qui il avait, au début de sa vie, logé sa confiance. L’assistant familial résistera- t-il à la tentation de hausser le ton voire d’en venir aux mains ? Rien n’est moins sûr alors même que la vio- lence de l’enfant provoque la violence de l’adulte qui s’en occupe et que l’enfermement accroit.

 L’agressivité tend à augmenter à mesure que le nombre de personnes réunies dans le minimum d’espace augmente. Le confinement - être ensemble dans la même pièce, sous le même toit, dans les mêmes espaces, sans échappatoire possible - risque d’amplifier les attitudes de provocation jusqu’à l’exaspération des adultes et la manifestation de réactions émotionnelles violentes. De part et d’autre. Le huis-clos familial autant que le face- à-face sont possiblement mortifères : soit lui, soit moi. Le nid n’est un refuge douillet qu’un temps, et pour celui qui le choisit et qui peut s’en évader. Sinon il est une insupportable prison. La « cellule » familiale n’aura jamais été aussi bien nommée.

Plus que jamais, l’enjeu sera celui de la limite, de la distance, de la contenance bien sûr... plutôt que de l’affection, de la compassion, de l’amour... Pour éviter la contention, le rejet, la violence... Plus facile à dire qu’à faire. Certes. Mais tel est l’engagement pris par l’assistant familial dans un tel choix de métier : faire avec la difficulté relationnelle au sein de sa famille. Mais pas seul. Le mari, l’épouse, la compagne, l’ami/e sera d’un précieux secours. Le travailleur social également. Parce qu’il représente, entre autres, un point d’ancrage à l’extérieur, au social, à la loi.

Il s’agira donc de donner un cadre qui non seulement permettra de contenir ce qui, de la difficulté de vivre l’enfermement, l’interdiction de circuler librement, la présence obligatoire, viendra à émerger mais lui donnera l’occasion de trouver une autre manière de se manifester que la brutalité d’une pulsion que rien ne retient. Car l’enjeu sera également celui de l’expression, de la symbolisation, de la mise en mots de l’expérience vécue. La sublimation comme voie royale de l’humanisation de la pulsion...

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